Président du SEDDRe
OPQTECC : Vous avez été élu membre du Conseil d’Administration de l’OPQTECC en tant que représentant du SEDDRe. Quelles ont été vos motivations pour rejoindre cet organisme ?
Rejoindre le Conseil d’Administration de l’OPQTECC en tant que représentant du SEDDRe, c’est contribuer à l’évolution des référentiels de qualification pour qu’ils répondent pleinement aux enjeux actuels de déconstruction, de réemploi, de maîtrise des risques et d’économie circulaire, tout en renforçant le dialogue entre les donneurs d’ordre, les prescripteurs et les entreprises de terrain.
OPQTECC : Quels sont vos objectifs et les projets que vous souhaiteriez porter au sein de l’OPQTECC durant votre mandat ?
Faire de l’OPQTECC le standard de référence de la qualification économique des projets de déconstruction, de réemploi et de reconversion des ouvrages bas carbone.
Pour le SEDDRe, il est important de :
- Intégrer pleinement les enjeux de déconstruction sélective, de réemploi et de traçabilité des déchets et matériaux ;
- Intégrer les coûts de déconstruction, de dépollution, les recettes de valorisation et les impacts carbone, afin de mieux éclairer les décisions des maîtres d’ouvrage publics et privés ;
- Faire reconnaître les spécificités des opérations de dépollution, de curage et de déconstruction, en favorisant le recours aux qualifications professionnelles dédiées à ces opérations ;
- Sensibiliser les maîtres d’ouvrage publics et privés afin de systématiser le recours à des économistes de la construction qualifiés et indépendants dès les phases amont des projets complexes, notamment en démolition et réhabilitation lourde ;
- Capitaliser les retours d’expérience des opérations de déconstruction et de réemploi, afin d’améliorer en continu les référentiels, les méthodes de chiffrage et la performance globale des projets.
OPQTECC : Selon vos retours d’expérience, quels sont les avantages concrets (techniques, financiers) de recourir à un économiste de la construction qualifié pour un projet de déconstruction ou de démolition ?
Le vrai avantage d’un économiste qualifié sur une démolition, c’est de transformer une opération à aléas élevés en projet techniquement mesuré, contractuellement clair et économiquement pilotable.
L’économiste établit des métrés fiables. Cela évite les sous-estimations classiques sur les tonnages, qui sont souvent la première source de dérive. Par exemple, le diagnostic PEMD fait partie des missions explicitement reconnues en qualification. Dans les projets de déconstruction, la valeur technique vient de la capacité à distinguer déchet, ressource et élément réemployable.
Sur une démolition, le vrai risque n’est pas seulement le coût, mais les interfaces techniques :
- retrait amiante/plomb ;
- maintien partiel de structures ;
- mitoyenneté ;
- réseaux conservés ;
- voisinage occupé ;
- réemploi avec dépose sélective.
Un économiste qualifié sait transformer cela en :
- lots cohérents ;
- phasage détaillé ;
- BPU adaptés ;
- variantes contrôlées ;
- prescriptions de tri et traçabilité.
Résultat : moins d’ambiguïtés dans le DCE, donc moins de litiges d’exécution.
Autrement dit, recourir à un économiste de la construction qualifié pour un projet de déconstruction ou de démolition :
- moins d’imprévus
- moins d’avenants
- plus de réemploi, recyclage ou valorisation matière
- une meilleure maîtrise du coût
OPQTECC : Le Sénateur Jean Hingray a déposé une proposition de loi rendant obligatoire le recours à un économiste de la construction qualifié et indépendant pour tout projet public d’équipement ou d’infrastructure d’un montant supérieur ou égal à 20 millions d’euros. Comment accueillez-vous cette initiative et quelle est la position du SEDDRe sur ce texte ?
Le SEDDRe salue pleinement la proposition de loi du sénateur Jean Hingray, qui consacre le rôle structurant de l’économiste de la construction qualifié et indépendant dans la maîtrise des coûts, des risques et de la performance environnementale des grands projets publics.
Cette initiative va dans le sens d’une meilleure prise en compte du coût global, du cycle de vie des ouvrages et des enjeux spécifiques à la déconstruction, au réemploi et à la reconversion des ouvrages.
Le SEDDRe souhaite toutefois que son champ couvre explicitement les opérations de déconstruction, de démolition et de réhabilitation lourde, où les gains pour les finances publiques sont parmi les plus significatifs.
Le texte parle surtout de “construction publique”. La position la plus cohérente serait de proposer que l’obligation vise explicitement : les opérations de construction neuve, de réhabilitation lourde, de déconstruction, de démolition et de reconversion de friches.
Ce serait un vrai progrès pour sortir d’une logique de “prix de démolition” et aller vers une logique de coût global de transformation du site ou de l’ouvrage. Chaque euro investi dans l’expertise économique en amont évite plusieurs euros de surcoûts, de déchets non valorisés et de travaux correctifs ultérieurs.






