Dirigeante du cabinet PC Economistes
Secrétaire Générale de l’UNTEC
Vice-Trésorière OPQTECC
1.Vous avez été élue en juin dernier au Conseil d’Administration et au Bureau Exécutif de l’OPQTECC pour représenter les qualifiés. Pourquoi avez-vous décidé de rejoindre l’OPQTECC ?
En tant que Secrétaire Générale de l’Untec, ma décision de rejoindre l’OPQTECC s’inscrit dans une démarche à la fois engagée, structurante et profondément tournée vers l’avenir de notre profession.
Nous évoluons aujourd’hui dans un contexte où les repères du métier peuvent rapidement se brouiller : multiplication des formations, hybridation des parcours, usage parfois imprécis de nos terminologies… autant de dynamiques qui peuvent créer une confusion réelle sur ce qu’est, concrètement, un économiste de la construction.
Face à cela, il devient essentiel de réaffirmer un socle clair, lisible et partagé de compétences.
C’est précisément là que l’OPQTECC prend tout son sens. Parce que sa vocation est de qualifier et certifier les professionnels sur la base d’un référentiel métier exigeant, elle constitue un pilier de structuration indispensable pour la filière.
Rejoindre son Conseil d’Administration et son Bureau Exécutif, c’est donc contribuer activement à préserver cette exigence, à garantir l’indépendance de la qualification et à éviter toute dilution des compétences cœur.
Mais au-delà de cette mission, il y a aussi une conviction forte que je porte à travers mon engagement à l’Untec : la construction du métier relève d’une responsabilité collective, inscrite dans le dialogue social et portée par les professionnels eux-mêmes.
Il est fondamental que chaque acteur reste à sa juste place : à l’Untec, la structuration et la représentation du métier ; à l’OPQTECC, la reconnaissance et la validation des compétences.
C’est dans cet équilibre que réside la solidité de notre écosystème.
En rejoignant l’OPQTECC, j’ai donc fait le choix de m’engager là où se joue un enjeu clé : maintenir une ligne claire entre formation, représentation et qualification, pour garantir la lisibilité de notre métier et renforcer la confiance de toute la filière.
Parce qu’au fond, qualifier aujourd’hui avec exigence… c’est sécuriser durablement la reconnaissance de notre profession demain.
2.Selon vos retours d’expérience, comment la qualification affecte-t-elle la crédibilité et la confiance que les clients accordent à une entreprise dans l’économie de la construction ?
Dans notre métier, la crédibilité ne se décrète pas, elle se construit. Et aujourd’hui plus que jamais, la qualification en est l’un des fondements les plus visibles et les plus structurants.
Sur le terrain, nous constatons que les maîtres d’ouvrage — qu’ils soient publics ou privés — sont confrontés à une complexité croissante des projets : exigences réglementaires, contraintes budgétaires, attentes environnementales, délais… Dans ce contexte, ils recherchent avant tout des repères fiables. La qualification apporte précisément cette lisibilité. Elle atteste que le professionnel ne se contente pas de revendiquer une compétence, mais qu’il est reconnu sur la base de critères objectifs, alignés sur un référentiel métier clair et partagé.
C’est un point clé : dans un environnement où le risque de confusion des métiers existe — notamment du fait de formations hybrides ou insuffisamment structurées — la qualification agit comme un marqueur de confiance. Elle sécurise la lecture des compétences pour le client, et elle protège en même temps l’identité de notre profession.
Mais au-delà de l’image, il y a une réalité opérationnelle. Une entreprise qualifiée, c’est une entreprise qui démontre sa capacité à produire des estimations fiables, à anticiper les impacts économiques des choix techniques, à structurer un projet avec rigueur. Autrement dit, à tenir une promesse essentielle : celle du juste prix, dans le respect des exigences réglementaires et des objectifs du maître d’ouvrage.
Et cette promesse est déterminante. Parce qu’un projet mal calibré, c’est un projet qui dérape — en coût, en délai, en qualité d’usage. À l’inverse, lorsqu’un économiste qualifié intervient en amont, il devient un véritable tiers de confiance, capable d’éclairer la décision et de sécuriser les engagements.
Enfin, il ne faut pas sous-estimer l’effet collectif. La qualification ne bénéficie pas uniquement à l’entreprise qui la détient ; elle renforce la crédibilité de toute la filière. Elle contribue à structurer le marché, à élever le niveau d’exigence, et à instaurer un cadre de confiance durable entre tous les acteurs.
En résumé, la qualification transforme une compétence en preuve… et une relation commerciale en relation de confiance. Et dans un secteur aussi engagé que le nôtre, c’est tout simplement un levier stratégique.
3.Selon vos retours d’expérience, quels sont les avantages à renforcer l’indépendance des qualifiés OPQTECC ?
Renforcer l’indépendance des qualifiés OPQTECC, c’est avant tout consolider un principe fondateur de notre profession… et lui redonner toute sa portée opérationnelle.
Aujourd’hui, avec la réécriture des statuts et l’évolution du Code de déontologie de l’OPQTECC, nous franchissons une étape importante : nous ne sommes plus seulement dans une logique de recommandation, mais bien dans une exigence structurée, encadrée et opposable. L’indépendance n’est plus implicite, elle est formalisée, organisée et protégée.
D’un point de vue statutaire, c’est un signal fort. L’OPQTECC affirme clairement l’indépendance de ses processus de qualification et de certification, en séparant strictement les fonctions de gouvernance et les processus d’instruction.
Cela garantit une impartialité réelle dans l’attribution des qualifications, et renforce mécaniquement la crédibilité des professionnels qualifiés.
Mais c’est surtout cette indépendance qui prend tout son sens, au quotidien. Elle est posée comme un principe fondamental de l’exercice du métier, au même titre que la compétence, l’intégrité ou la transparence.
Concrètement, cela signifie plusieurs choses très opérationnelles :
• Refuser toute situation de conflit d’intérêts ou la déclarer en toute transparence
• Ne jamais être juge et partie dans une opération
• Produire des estimations sincères, sans complaisance ni biais
• Conseiller le maître d’ouvrage en toute loyauté, même lorsque cela va à l’encontre de ses attentes
Autrement dit, l’économiste qualifié n’est pas là pour conforter une décision… mais pour l’éclairer.
Les avantages sont donc majeurs.
Pour les maîtres d’ouvrage, c’est une garantie de fiabilité et de transparence : ils savent que les analyses produites reposent sur une lecture objective du projet, sans influence extérieure.
Pour la profession, c’est un levier de crédibilité collective : en affirmant des règles claires et en les rendant opposables — avec des sanctions pouvant aller jusqu’au retrait de la qualification — nous renforçons durablement la confiance attachée à notre métier.
Enfin, pour l’OPQTECC lui-même, c’est une condition essentielle de légitimité. Un organisme de qualification ne peut être crédible que s’il garantit à la fois l’indépendance de ses processus… et celle des professionnels qu’il qualifie.
En réalité, cette évolution traduit une ambition très claire : passer d’une culture de la compétence à une culture de la confiance structurée.
Parce qu’au fond, l’indépendance n’est pas une contrainte… c’est ce qui donne toute sa valeur à notre expertise.
4.Après plusieurs années d’échanges et de concertations avec les représentants du secteur et les pouvoirs publics, l’OPQTECC est heureux de pouvoir annoncer le dépôt d’une proposition de loi, portée par le Sénateur Jean Hingray en faveur d’une meilleure maîtrise des deniers publics. Cette proposition de loi crée l’obligation, pour les projets d’équipements et d’infrastructures publics d’un montant égal ou supérieur à 20 millions d’euros, de recourir à un économiste de la construction indépendant et qualifié. Comment accueillez-vous cette proposition de loi ? Quels seraient les avantages que procureraient cette loi, si elle était adoptée ?
Nous accueillons cette proposition de loi avec beaucoup d’intérêt… et, je le dis très clairement, avec une forme d’alignement évident avec les positions que nous portons depuis plusieurs années à l’Untec.
Parce qu’au fond, cette initiative vient consacrer une réalité de terrain que nous observons tous : plus les projets sont importants, plus le besoin d’un regard économique indépendant, structuré et qualifié devient indispensable. Et pourtant, cette intervention reste encore trop souvent tardive, voire absente.
Le texte porté par le Sénateur Jean Hingray part d’un constat lucide : de nombreux projets publics connaissent des dépassements budgétaires majeurs, souvent liés non pas au chantier lui-même, mais à des insuffisances en amont — études de faisabilité incomplètes, programmation sous-estimée, absence de vision en coût global.
Et ces dérives ne sont pas marginales : elles sont documentées, répétées, et parfois massives, avec des écarts de coûts pouvant atteindre plusieurs dizaines, voire centaines de millions d’euros sur certaines opérations emblématiques.
Dans ce contexte, rendre obligatoire le recours à un économiste de la construction indépendant et qualifié pour les projets supérieurs à 20 millions d’euros constitue une réponse structurante.
D’abord, parce que cette mesure agit là où tout se joue : dès l’amont du projet.
La proposition prévoit une intervention avant même la fixation de l’enveloppe financière, avec une analyse approfondie de la faisabilité, des coûts, des variantes techniques et du coût global (construction, exploitation, maintenance).
Autrement dit, on passe d’une logique de correction à une logique d’anticipation.
Ensuite, parce qu’elle réintroduit un principe essentiel : l’indépendance.
Aujourd’hui, dans de nombreux cas, les analyses économiques sont réalisées dans un cadre de dépendance vis-à-vis de la maîtrise d’œuvre, ce qui peut limiter leur objectivité.
En imposant un expert indépendant, la loi garantit une lecture sincère, non contrainte, au service exclusif du maître d’ouvrage et de l’intérêt général.
Les bénéfices attendus sont donc très concrets :
• Une meilleure maîtrise des deniers publics, avec une réduction des surcoûts et des dérives budgétaires
• Une amélioration de la qualité des projets, grâce à une programmation plus robuste et des arbitrages éclairés
• Une vision en coût global intégrant exploitation, maintenance et performance environnementale
• Une transparence renforcée dans la commande publique
C’est aussi un enjeu macroéconomique. Certaines estimations évoquent plusieurs milliards d’euros de dérives chaque année sur les grands projets publics, précisément en raison de ces faiblesses structurelles en phase amont.
Ce texte apporte donc une réponse à la fois technique… et profondément politique : mieux dépenser, plutôt que dépenser plus.
Enfin, cette proposition de loi envoie un signal fort à toute la filière.
Elle participe à structurer le marché, à clarifier les rôles et à renforcer la reconnaissance de notre métier. Elle s’inscrit pleinement dans une dynamique plus large : replacer la compétence au cœur de la décision publique, et faire de l’évaluation économique un outil d’aide à la décision, et non une simple formalité.
Elle reconnaît que l’économie de la construction n’est pas une variable d’ajustement, mais un outil stratégique de pilotage des projets publics.
Si elle est adoptée, nous changerons clairement de paradigme.
Nous passerons d’une culture du coût subi… à une culture du coût maîtrisé.
Parce qu’elle ne crée pas une contrainte supplémentaire… elle crée une condition de réussite.
Et dans un contexte où chaque euro public doit être justifié, optimisé et assumé, c’est exactement le type d’évolution dont notre secteur a besoin pour se projeter avec responsabilité et ambition.






