Face à la mondialisation des investissements et aux impératifs climatiques, la norme ICMS (International Cost Management Standard) s’impose aujourd’hui comme le langage universel incontournable pour structurer, comparer et maîtriser les coûts globaux et l’empreinte carbone des projets bâtis et d’infrastructures.
1. Qu’est-ce que la norme ICMS ?
L’ICMS (International Cost Management Standard) est un référentiel mondial d’établissement de rapports et de classification financière et environnementale. Développée par une coalition internationale indépendante regroupant près d’une cinquantaine d’organismes professionnels de référence (dont l’UNTEC, la RICS, la SCSI, le CEEC), l’ICMS fournit une méthode commune de présentation des données économiques et d’émissions de gaz à effet de serre tout au long du cycle de vie des ouvrages.
Créée initialement sous le nom d’International Construction Measurement Standards (ICMS 1 en 2017) pour harmoniser les coûts initiaux de construction, la norme a connu deux évolutions majeures :
- ICMS 2 (2019) : Intégration des coûts sur l’ensemble du cycle de vie (maintenance, exploitation, fin de vie) et extension aux grands ouvrages de génie civil.
- ICMS 3 (Novembre 2021) : Refonte globale intégrant à parité les coûts du cycle de vie (LCC) et les émissions de carbone (LCCE) en kilogrammes ou tonnes d’équivalent CO₂ (kgCO₂e ou tCO₂e).
2. Pourquoi l’ICMS est-elle essentielle pour la profession ?
Pendant des décennies, la gestion des coûts dans le secteur de la construction a été fragmentée par des traditions méthodologiques régionales (ex. NSBE en Irlande, NRM au Royaume-Uni, pratiques locales en France). Cette hétérogénéité entraînait des ambiguïtés majeures pour les investisseurs, maîtres d’ouvrage et bailleurs de fonds internationaux (Banque Mondiale, BEI, fonds souverains).
| Les quatre grands piliers de valeur ajoutée de l’ICMS : • Comparabilité et étalonnage (Benchmarking) : Permet de comparer rigoureusement des projets situés dans des pays différents grâce à une structure normalisée et à l’interface avec les normes de mesurage IPMS (surfaces de plancher globales IPMS 1 et intérieures IPMS 2). • Vision globale du cycle de vie (LCC) : Dépasse la simple vision du coût initial de travaux pour analyser les coûts d’exploitation, de maintenance, de rénovation et de déconstruction/fin de vie sur 30, 50 ans ou plus. • Intégration systématique du Carbone : Aligne la comptabilité financière et le bilan carbone sur un même modèle de découpage, facilitant les arbitrages technico-économiques et écologiques. • Sécurité décisionnelle et résolution des litiges : Offre un cadre probant et auditable pour justifier les enveloppes budgétaires, instruire les réclamations et sécuriser les financements. |
3. Une architecture structurée en 4 niveaux hiérarchiques
L’ICMS repose sur une taxonomie logique à 4 niveaux, commune aux bâtiments et aux 18 grandes typologies d’ouvrages de génie civil (routes, ponts, tunnels, ports, voies navigables, barrages, réseaux, etc.) :
| Niveau | Désignation | Rôle & Application |
| Niveau 1 | Projets ou Sous-projets | Obligatoire. Classification par nature d’ouvrage (Bâtiments, Ponts, Tunnels, Ports, etc.). |
| Niveau 2 | Catégories (Cadre ACROME) | Obligatoire. Les 6 phases clés du cycle de vie (identiques pour le coût et le carbone). |
| Niveau 3 | Groupes | Obligatoire. Sous-ensembles normalisés par discipline de conception ou nature de dépense. |
| Niveau 4 | Sous-groupes | Facultatif. Ventilation granulaire adaptable selon les pratiques locales ou contractuelles. |
4. Le cycle de vie résumé par le cadre « ACROME » (Niveau 2)
L’acronyme ACROME constitue le cœur méthodologique de l’ICMS en découpant le projet en 6 catégories temporelles distinctes :
- A – Acquisition (AC / AE) : Tous les frais préalables hors travaux physiques : achat du terrain, indemnisation des occupants, honoraires d’avocats, frais financiers et marketing.
- C – Construction (CC / CE) : Le coût et le carbone des travaux initiaux (matériaux, main-d’œuvre, matériel, frais de chantier, honoraires d’ingénierie et imprévus).
- R – Rénovation (RC / RE) : Remplacement lourd ou modernisation des composants majeurs en cours de vie (ex. réfection d’un groupe froid, remplacement d’une toiture).
- O – Exploitation / Operations (OC / OE) : Coûts de fonctionnement réguliers : consommations d’énergie, eau, nettoyage, gardiennage, sécurité et gestion des déchets.
- M – Maintenance (MC / ME) : Entretien préventif et réparations courantes indispensables pour maintenir le bâtiment dans son niveau de service prévu.
- E – Fin de vie / End of Life (EC / EE) : Démantèlement, décontamination, démolition sélective, remise en état du terrain et recyclage (déduction faite des revenus de revente des matériaux).
5. La décomposition en 13 groupes de travaux (Niveau 3)
Pour les catégories Construction, Rénovation et Maintenance, l’ICMS utilise un découpage commun en 13 groupes clairs, alignés sur les disciplines techniques des bureaux d’études et architectes :
| Ouvrages Directs & Techniques | Frais Généraux, Risques & Prestations : |
| • 01 Démolition, préparation du site et terrassement • 02 Fondations et sous-structure (pieux, sous-sol) • 03 Structure porteuse (poteaux, poutres, dalles) • 04 Corps d’état architecturaux (façades, cloisons) • 05 Services et équipements (CVC, élec, plomberie) • 06 Drainages des eaux de surface et souterraines • 07 Aménagements extérieurs et voiries (VRD) | • 08 Frais de chantier et encadrement constructeur • 09 Provisions pour risques (aléas et inflation) • 10 Impôts et taxes obligatoires • 11 Réseaux et raccordements publics hors site • 12 Mobilier et équipements d’exploitation • 13 Honoraires de conseil et maîtrise d’œuvre |
6. La double mesure Coût Global & Émissions Carbone
L’une des grandes forces de l’ICMS est d’offrir des démarches méthodologiques standardisées pour éclairer et sécuriser les choix des maîtres d’ouvrage :
- L’évaluation en Coût Global (Valeur Actuelle Nette) : Pour comparer deux solutions de conception (par exemple, choisir entre un matériau standard peu coûteux à l’achat mais exigeant un entretien lourd, et un matériau durable plus cher initialement mais très économique à l’usage), l’ICMS s’appuie sur le principe de
l’actualisation financière conforme à l’ISO 15686-5. Toutes les dépenses futures d’exploitation, de maintenance et de rénovation sont ramenées en équivalent monétaire à une date de référence commune (généralement la date d’achèvement des travaux), en appliquant un taux d’actualisation. Cela permet d’obtenir un montant global unique résumant l’ensemble de la vie de l’ouvrage pour choisir la solution la plus rentable sur 30 ou 50 ans.
- La cohérence de l’évaluation Carbone (EN 15978 & PAS 2080) : L’ICMS structure les émissions de gaz à effet de serre en trois grands temps du cycle de vie :
- Le carbone initial (incorporé aux travaux) : émissions liées à l’extraction des matières premières, à la fabrication des produits, au transport et aux engins de chantier.
- Le carbone en phase d’usage : émissions générées par les remplacements de matériel et l’entretien, combinées aux consommations d’énergie et d’eau nécessaires au fonctionnement du bâtiment.
- Le carbone de fin de vie : émissions produites par les opérations de démolition, le transport des gravats et le traitement des déchets.
7. L’articulation avec les surfaces IPMS et le BIM
Pour comparer valablement des coûts ou des bilans carbone au mètre carré entre plusieurs projets, il faut impérativement mesurer les mêmes surfaces. L’ICMS s’appuie directement sur les règles internationales IPMS (International Property Measurement Standards) :
- IPMS 1 (External) : Surface de plancher brute extérieure (mesurée au nu extérieur des murs de façade).
- IPMS 2 (Internal) : Surface de plancher brute intérieure (mesurée jusqu’à la face intérieure dominante).
Sur le plan numérique, l’ICMS a été conçue pour s’interfacer avec les maquettes numériques BIM et les jumeaux numériques. La RICS met à disposition le schéma RDS (RICS Data Standard), un format open-source (XML et JSON) qui permet d’automatiser l’extraction et l’échange de ces données sans ressaisie.
Conclusion
L’ICMS ne remplace pas les méthodes de métré locales, mais apporte le standard de référence universel pour les synthétiser et les valoriser. Pour les maîtres d’ouvrage, investisseurs et économistes de la construction, son utilisation constitue un gage de professionnalisme, garantissant une transparence absolue des budgets et une maîtrise concrète de l’empreinte environnementale des ouvrages.
L’OPQTECC reconnaît ce standard, synonyme de bonnes pratiques. Nous mettons ainsi à votre disposition ce document.
Retrouver la norme et la notice explicative en cliquant ici (insérer lien vers les 2 documents)
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